Casa Milà, la Pedrera
Adresse
Passeig de Gràcia, 92 / Provença, 261-265.
Horaire
Du 1er novembre au 28 février: de 9h à 18h30. Dernier accès à 18h.

Du 1er mars au 31 octobre: de 9h à 20h. Dernier accès à 19h30.

Fermé du 13 à 19 janvier, ainsi que les 25 décembre.
Information
Tél. 902 202 138. www.lapedrera.com
Remarques
Les horaires peuvent subir des variations, il est donc conseillé de les vérifier à l’avance.
Prix et remise
Adultes : 16,50 €.

Entrée réduite : 14,85 €.

Enfants de 7 à 12 ans : 8,25 €.

Enfants jusqu’à 6 ans : gratuit.

Groupes de plus de 10 personnes, réservation obligatoire par courrier électronique: reserves@lapedrera.com, ou par tél. 902 202 138.

Remise de la Route du Modernisme : 20 % sur le tarif des adultes.
Description
La Casa Milà, dernier immeuble de logements construit par Gaudí, fut érigée sur la commande de Pere Milà, jeune promoteur urbaniste marié avec Rosario Segimón, la riche veuve d'un Espagnol ayant fait fortune à Cuba du nom de José Guardiola. Milà triomphait alors, et il aimait le luxe, les modes et les nouveautés : un véritable dandy de la Barcelone modernista. Il fut parmi les premiers à exhiber une automobile à moteur dans les rues de la ville alors que -peut-être par rancœur- les Barcelonais plaisantaient sur son goût de l'argent et de l'ostentation et se demandaient s'il ne serait pas « plus intéressé par la tirelire (guardiola en catalan) de la veuve que par la veuve de Guardiola ».



Pleinement saisi par la « fièvre » modernista, Milà voulait un bâtiment qui laisserait la ville bouche bée et dépasserait en splendeur ses « notables voisins », les Casa Batlló, Casa Amatller et Casa Lleó Morera. Et il est vrai qu'il y parvint. Encouragé par un budget illimité, Gaudí fit cadeau à la ville d'un paysage géologique, d'une falaise marine, d'une sculpture abstraite aux formes organiques de taille gigantesque. La Casa Milà est, de fait, le triomphe de la ligne courbe qui s'impose avec un éclat encore jamais vu. La Pedrera, c'est-à-dire la carrière, est le nom avec lequel les Barcelonais baptisèrent l'immeuble quand ils le virent terminé en 1910, impressionnés par son insolite et aberrante façade, qui provoqua de nombreuses plaisanteries populaires et de non moins nombreuses critiques de dessinateurs et d'écrivains. Le peintre Santiago Rusiñol, par exemple, plaisantait en affirmant que les habitants de cet édifice, qui ressemblait à une grotte, au lieu d'un chien ou d'un chat devaient avoir des serpents en guise d'animaux domestiques. Le politicien français Georges Clemenceau, en visitant Barcelone, ironisa en expliquant que les Catalans étaient si pénétrés de la légende de saint Georges qu'ils construisaient des maisons destinées aux dragons. Les caricatures publiées aussi furent nombreuses, comme celles qui présentaient la Pedrera utilisée comme un garage destiné aux dirigeables et autres artefacts volants entrant et sortant par les ouvertures de ce récif aérien. D'autres faisaient des parallélismes entre la Pedrera en construction et les images que l'on avait vues dans les journaux des désastres qu'un tremblement de terre avait provoqué en Andalousie.



Gaudí ne conçut pas la Casa Milà comme un simple immeuble de logements. L'architecte fit de la Pedrera une œuvre totale qui dépassait largement le cadre même de l'architecture et explorait la sculpture. Influencée par les débuts de l'Art Nouveau, la façade est revêtue de pierre calcaire formant de caractéristiques volumes courbes rappelant une falaise de bord de mer par la forme suggestive des arabesques des balcons de fer forgé. La partie inférieure de la façade est construite avec de la pierre provenant du massif du Garraf, à quelques dizaines de kilomètres de Barcelone, et la partie supérieure avec de la pierre calcaire de Vilafranca del Penedès, piquée pour obtenir une texture mate. À l'origine, Gaudí prétendait faire de la Pedrera une allégorie religieuse du saint Rosaire en faisant culminer la façade par un médaillon de bronze de quelque quatre mètres de hauteur. Toutefois, la semaine tragique -révolte populaire provoquée en 1909 par l'appel sous les drapeaux des réservistes catalans pour aller se battre au Maroc et durant laquelle de nombreuses églises avaient été incendiées- persuada le propriétaire Milà qu'un immeuble de logements couronné par une gigantesque vierge sur la terrasse deviendrait, sans le moindre doute, la cible de prédilection de la colère des anticléricaux. Et, en toute logique, il annula cette partie du projet.

Certains assurent que la disposition intérieure de la Pedrera provient des études que Gaudí fit des forteresses médiévales. C'est une image qui se voit renforcée par la similitude des cheminées et des sorties des escaliers des terrasses avec des heaumes de sentinelle. L'intérieur, cependant, a peu à voir avec une forteresse. Les peintures des plafonds des vestibules et des patios intérieurs sont particulièrement intéressantes. L'ancienne remise, la première construite à Barcelone sous terre, est un espace semi-circulaire et en pente, avec des colonnes de fer forgé et de brique qui soutiennent l'édifice (De nos jours, c'est un auditorium et il n'est pas compris dans la visite touristique). La femme de Milà, Rosario Segimón, ne partagea jamais la « dévotion » de son mari pour Gaudí mais elle consentit à vivre sous des plafonds ondulés jusqu'en 1926 quand, après la mort de l'architecte, elle décida de remodeler l'étage principal dans un style Louis XVI beaucoup plus à son goût. Cet espace est consacré, de nos jours, et après avoir supprimé les parois internes, à accueillir les grandes expositions.



L'Espai Gaudí (Espace Gaudí) est situé dans les combles de la Pedrera qui abritaient à l'origine les lavoirs de la propriété et qui ont aujourd'hui récupéré l'aspect original des simples voûtes paraboliques faites de brique apparente. Le plan de l'étage, que des années plus tard Le Corbusier vint admirer, a la forme d'un huit. L'élément principal, ce sont les deux cent soixante-dix arcs paraboliques, qui ressemblent aussi bien à la cage thoracique d'un énorme animal qu'à une feuille de palmier. La récupération de cet espace a entraîné l'élimination des treize appartements construits en 1953, qui avaient par ailleurs un certain intérêt architectural. Quand les combles ont retrouvé leur état original, on a pu vérifier que Gaudí avait donné une place bien précise aux petites fenêtres : elles étaient, en effet, distribuées sur différents niveaux afin que la lumière et l'air pénètrent dans l'espace et que la ventilation puisse sécher le linge qui y était étendu. De nos jours, l'Espace Gaudí explique, grâce à une série de dessins, de maquettes, de photographies et de documents audiovisuels, la vie de Gaudí, son contexte historique et culturel, ainsi que les valeurs artistiques et les innovations techniques de son œuvre.



De cet espace, on accède au toit-terrasse à échelons de la Pedrera, baptisé jardin des guerriers par le poète Pere Gimferrer à cause de l'aspect des cheminées. La terrasse a subi, elle aussi, une restauration radicale : seules demeurent les cheminées originales de Gaudí. La restauration a rendu leur splendeur aux cheminées et aux couvertures des escaliers revêtues de fragments de marbre et de trencadís d'azulejo de Valence. La cheminée couronnée de petits chapeaux -que Gaudí lui-même aurait fait, selon ce que l'on a dit, le lendemain de l'inauguration du bâtiment en profitant des bouteilles vides de la fête- a été restaurée avec des fragments de bouteilles de champagne du début du XXe siècle. Le travail des restaurateurs a permis de récupérer la force originale de la saillie de pierre de la région d'Ulldecona, en Catalogne, avec des fragments de carrelage. Bien que ce soit la couleur crème qui domine, le toit-terrasse est plus multicolore que la tonalité de la façade. Depuis le toit-terrasse de la Pedrera, on a une autre perspective des cours intérieures et on peut voir, à l'horizon du paysage urbain, les tours de la Sagrada Família.



La dernière étape de la visite est "L'appartement de la Pedrera", un espace qui permet de découvrir les éléments clé de l'architecture intérieure de Gaudí et qui explique la vie quotidienne d'une famille riche de la Barcelone du début du XXe siècle. Dans cet espace, qui occupe deux anciens logements de la Pedrera, soit presque 600 mètres carrés, se trouve la reconstruction d'un appartement de l'époque dans lequel ne manquaient ni le bureau, ni les salles de bains à l'ancienne, ni les chambres sommaires destinées au personnel de service domestique.



La Casa Milà a été déclarée bien culturel de l'humanité par l'Unesco en 1984. Curieusement, à cette époque, l'aspect de la Casa Milà était absolument déplorable. La façade avait acquis une tonalité marron sombre, sale et triste, les fresques du vestibule étaient très dégradées, l'étage principal avait été transformé en une salle de bingo, et les boutiques du rez-de-chaussée ne respectaient pas les courbes des ouvertures originales.



En 1986, l'organisme bancaire Caixa Catalunya a acquis l'édifice et a commencé sa restauration et sa réhabilitation qui se sont prolongées dix ans. En 1996, il a été ouvert au public comme centre culturel et il est rapidement devenu l'un des espaces de référence de Barcelone. Actuellement, La Pedrera est le siège de la Fondation Catalunya-La Pedrera et abrite les différents départements de la Fondation.