Ajuntament de Barcelona Institut del Paisatje Urbà
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Guide de la Route du Modernisme
Ruta 2, Antiga Casa Figueras (15) – Casa Fajol (33) et Font Exposició 1929
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Sagnier conçut un bâtiment ayant un certain air gothique dans lequel on remarquera la grande fenêtre centrale, les mosaïques bleutées et l'arc en lancette de l'entrée, avec un magnifique relief d'Esculape qui rappelle le destin original de l'immeuble. Presque à côté de l'ancienne pharmacie se trouve l'ANTIGA CASA FIGUERAS (15) (ANCIENNE MAISON FIGUERAS. Rambla, 83), actuellement pâtisserie Escribà, œuvre d'Antoni Ros i Güell (1902) à la décoration modernista chargée dans laquelle abondent les mosaïques, les stucs de plâtre, les fers forgés, les vitraux ainsi que le mobilier de bois, de couleur chocolat.

Il n'est pas nécessaire de marcher longtemps pour croiser le MERCAT DE LA BOQUERIA (16) (MARCHÉ DE LA BOQUERIA. Rambla, 91), le plus célèbre et le plus ancien marché de la ville. À peu prés sur l'emplacement du marché actuel se tenait, depuis le Moyen Âge, un marché à l'air libre où les agriculteurs de la zone qui est aujourd'hui le quartier du Raval tout proche venaient vendre leurs produits aux habitants de la ville intra muros. Célèbre pour la qualité de ses marchandises, le marché actuel occupe le terrain de l'ancien couvent des Carmelites Descalços de Sant Josep, incendié en juillet 1835. Le marché fut construit cinq ans après, en 1840, sous la forme d'une grande place entourée d'arcades aux colonnes ioniques dans laquelle les marchands ambulants de la ville pouvaient venir offrir leurs produits. Des années plus tard, en 1914, on installa sa couverture métallique bien visible conçue par l'ingénieur Miquel de Bergue qui lui donna son image caractéristique. Le marché et ses alentours ont été restaurés au cours de ces dernières années afin de leur rendre l'aspect qu'ils avaient au début du XXe siècle. Le marché de la Boqueria préside le tronçon central de la Rambla, peut-être le plus coloré et le plus exubérant : celle que l'on appelle la « Rambla de les Flors » (Rambla des Fleurs) doit son nom aux kiosques où l'on vend des fleurs pendant toute l'année depuis le jour du Corpus Christi de 1853.

À quelques pas du marché de la Boqueria, s'élève le PALAU DE LA VIRREINA (PALAIS DE LA VICE-REINE. Rambla, 99), construit par Josep Ausich entre 1772 et 1778 sur la commande de l'ancien vice-roi du Pérou, Manuel Amat i Junyent. Celui-ci ne parvint jamais à jouir du bâtiment puisqu'il mourut avant que le palais ne fût achevé. En revanche, celle qui put en profiter fut sa veuve, la vice-reine, María Francisca Fivaller, qui donna son nom par la suite au palais. La municipalité l'acheta en 1944 et, à la fin des années quatre-vingt, il fut transformé en siège de l'administration municipale de la culture. Le bâtiment est un bon exemple de l'influence française chez les architectes du XVIIIe siècle. Sa puissante façade classique, somptueuse et baroque, se conjugue à la perfection avec une ornementation rococo intérieure à la française qui a son meilleur spécimen dans la salle à manger, voûtée et décorée de peintures allégoriques. Les autres salons du palais ont conservé, quant à eux, leur décoration antique, de style Empire. Le rez-de-chaussée, où se regroupaient autrefois les écrivains publics qui rédigeaient les lettres de ceux qui ne savaient pas écrire, accueille aujourd'hui une librairie ainsi qu'un bureau d'information destiné aux habitants. Le rez-de-chaussée du 97, voisin du palais, est occupé par une vieille boutique de musique, la CASA BEETHOVEN, (MAISON BEETHOVEN), fondée en 1880 par l'éditeur de musique Rafael Guàrdia.

En remontant la Rambla, on rencontre l'un des immeubles romantiques les plus beaux de la ville, la CASA FRANCESC PIÑA (MAISON FRANCESC PIÑA. Rambla, 105), aussi connue sous le nom de el regulador du fait de l'horlogerie bijouterie qui en occupe le rez-de-chaussée et qui porte aujourd'hui le nom de Joieria Bagués. Ce bâtiment de Josep Fontserè (1850) est tout à fait remarquable par sa façade de terre cuite et peinte en blanc sur un stuc de couleur rose. On remarquera tout spécialement dans cette façade les fausses colonnes avec leurs chapiteaux ainsi que les bas-reliefs décoratifs des étages supérieurs.

Au coin de la Rambla et du carrer del Carme, se trouve ESGLÉSIA DE BETLEM (ÉGLISE DE BETHLÉEM. Rambla, 107), érigée entre 1680 et 1732. Cette église, construite par Josep Juli, est l'un des rares échantillons d'art baroque de Barcelone. Le temple est fidèle aux canons du gothique catalan et présente une unique nef, spacieuse, flanquée de différentes chapelles. Les portes qui donnent sur la Rambla sont l'œuvre, pour celle qui comporte l'enfant Jésus, de Francesc Santacruz et, pour l'autre, d'Enric Sagnier, postérieure, datant de 1906, elle prend comme référence la première et présente Sant Joanet (saint Jean-Baptiste). L'intérieur de l'église que l'on peut contempler de nos jours n'a plus la somptuosité qu'il avait jusqu'à la Guerre civile, quand furent détériorés de manière irréparable ses polychromies, ses sculptures, ses stucs italiens et ses marbres. Depuis 1952, l'église abrite une image de la vierge dels Desemparats, de Mariano Benlliure. Sur le trottoir opposé, se trouve le PALAU MOJA(PALAIS MOJA. Rambla, 118), ancienne propriété des marquis de Comillas construite entre 1774 et 1789 par les frères Mas i Dordal. La large façade de ce palais, décorée de panneaux ocres et rougeâtres, s'élève au-dessus d'un portique et elle est rehaussée par un simple fronton central. Le bâtiment, décoré d'œuvres du peintre néoclassique Francesc Pla, el Vigatà, conserve une bonne partie du mobilier original ainsi que la pièce dans laquelle vécut le « poète national » catalan, Jacint Verdaguer, protégé des marquis de Comillas. Les Comillas étaient apparentés aux Güell et ils eurent aussi recours aux services d'Antoni Gaudí, qui a connu Verdaguer et, en certaines occasions, s'est inspiré de sa poésie -comme dans les Pavillons Güell, point (90) de la Route du Modernisme. Le palais héberge aujourd'hui des dépendances du Département de la Culture du gouvernement autonome, la Generalitat de Catalunya. Dans ce qui fut les jardins, s'installèrent en 1935 les grands magasins populaires SEPU, aujourd'hui disparus.

Une petite déviation de l'itinéraire principal nous conduira par le carrer del Carme, qui « cache » deux petits trésors modernistes à seulement quelques pas de la Rambla : les magasins populaires EL INDIO (17) (C/ Carme, 24), décorés en 1922 par Vilaró i Valls dans le plus pur style modernista, et, un peu plus loin, le BAR MUY BUENAS (18) (C/ Carme, 63), un local qui jouit d'une façade modernista de bois et qui conserve encore une partie de son mobilier original tel que l'ancien comptoir de marbre, vieux de plus d'un siècle (Pour davantage d'information, voir On sort, guide des bars et restaurants modernistes).

La Route se poursuit sur la Rambla, connue à cette hauteur comme « rambla dels ocells » (rambla des oiseaux) du fait des kiosques où l'on vend des animaux, et notamment des oiseaux. En poursuivant vers la plaça de Catalunya, l'itinéraire a deux rendez-vous importants. Le premier est la REIAL ACADÈMIA DE CIÈNCIES I ARTS (19) (ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES ET DES ARTS. Rambla, 115), construite en 1883 par Josep Domènech i Estapà sur les ruines d'un ancien collège jésuite. Le bâtiment, pionnier dans l'usage de ressources ornementales et stylistiques qui allaient avoir tant de succès des années plus tard avec le Modernisme, héberge de nos jours, en plus de l'académie, le Théâtre Poliorama et le restaurant Viena, ancienne Casa Mumbrú. Le principal signe d'identité de cet immeuble réside dans l'horloge qui préside sa façade et qui, selon ce que l'on dit, donne l'heure officielle de Barcelone. Les autres éléments intéressants de la façade de ce théâtre sont l'élégante tribune et le ciborium, ainsi que la tour avec sa coupole qui couronne le bâtiment. Cette coupole accueillait, à l'origine, un observatoire météorologique et astronomique. Le deuxième rendez-vous dans cette zone de la Rambla est la FARMÀCIA NADAL (PHARMACIE NADAL. Rambla, 121), inaugurée en 1850 sous le nom de Farmàcia Masó, qui comprend des éléments sculptés, des céramiques ainsi que des sgraffites de conception noucentista (Noucentisme, mouvement néoclassique post-modernista).

Après avoir traversé la Rambla, nous pénétrons dans les carrers de la Canuda et de Santa Anna. Si l'on entre par le carrer de Santa Anna, on peut voir la CASA ELENA CASTELLANO (20) (MAISON ELENA CASTELLANO. C/ Santa Anna, 21). Il s'agit d'un bâtiment construit en 1907 par Jaume Torres i Grau, dans lequel on remarquera les deux tribunes superposées ainsi que l'ornementation florale de la façade, typiquement modernista. En revenant au carrer de la Canuda, à quelques pas seulement, nous trouvons l'ancien PALAU SABASSONA (PALAIS SABASSONA). D'origine médiévale, l'immeuble accueille, depuis 1836, l'ATENEU BARCELONÈS (21) (ATHÉNÉE BARCELONAIS. C/ Canuda, 6), l'une des entités culturelles les plus emblématiques de la ville. Certains aspects du remodelage de 1906, des architectes Josep M. Jujol i Gibert et Josep Font i Gumà, sont encore conservés.
Sa visite permet de contempler trois petits bijoux modernistes : la cabine de l'ascenseur, l'un des premiers qui furent installés dans la ville ; les salles de lecture de la bibliothèque ; et le jardin suspendu aux réminiscences romantiques. En continuant par le carrer de la Canuda, on parvient à la plaça de la Vila de Madrid dans laquelle on pourra contempler les vestiges d'une nécropole romaine découverte en 1954 pendant les travaux de ré-urbanisation du terrain de l'ancien couvent des Carmelites Descalces, démoli après la Guerre civile. La place, remodelée en 2003, s'élève sur une ancienne voie romaine d'accès à Barcino, l'ancienne ville romaine, dont on conserve encore de nos jours un petit tronçon du dallage original. La via était flanquée des restes de monuments funéraires monolithiques et de quelques modestes tegulae. Le carrer de la Canuda débouche finalement dans l'avinguda del Portal de l'Àngel.
À quelques pas seulement, on passe devant l'immeuble de CATALANA DE GAS, GAS NATURAL (22) (C/ Portal de l'Àngel, 20-22), œuvre monumentale et éclectique de Josep Domènech i Estapà (1895). Le bâtiment, construit sur une commande de la Societat Catalana per a l'Enllumenat del Gas (Société catalane pour l'éclairage au gaz), héberge un intéressant Musée du Gaz dans lequel sont exposés divers appareils montrant l'évolution de l'usage de cette source d'énergie (Tél. : 900 150 366, visites sur rendez-vous).

Revenons quelques pas en arrière par le Portal de l'Àngel jusqu'au petit carrer de Montsió dans lequel on trouvera la célèbre brasserie modernista ELS QUATRE GATS (23) (C/ Montsió, 3 bis. Pour davantage d'information, voir On sort, guide des bars et restaurants modernistes). Cette ancienne taverne fut l'un des épicentres artistiques et culturels de la Barcelone de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Ramon Casas, Santiago Rusiñol et Pablo Picasso sont quelques-uns des illustres personnages qui dînèrent et burent dans ce cénacle particulier inauguré en 1897 au rez-de-chaussée de la néogothique CASA MARTÍ (MAISON MARTI), de Josep Puig i Cadafalch (1895-1896). Le bâtiment, à l'air plus européen que catalan, brille de ses grandes fenêtres ogivales aux vitraux polychromes, ainsi que de la curieuse ornementation des fenêtres et du balcon gothique flamboyant. L'extérieur est aussi décoré par les sculptures d'Eusebi Arnau, par les fers forgés de Manuel Ballarín et, sur le socle faisant l'angle, par la statue Sant Josep de Llimona. Celle que l'on peut voir aujourd'hui est une reproduction de la statue originale qui fut détruite pendant la Guerre civile et récupérée par la municipalité en l'an 2000. L'intérieur est spectaculaire : Ramon Casas paya de sa propre poche les lustres circulaires et le mobilier médiéval dessinés par Puig i Cadafalch. Un autre de ses « cadeaux » fut le tableau dans lequel deux hommes, Pere Romeu, le propriétaire du bar, et lui-même, apparaissent, pédalant de concert sur un tandem ; celui qui se trouve actuellement dans l'établissement est une copie, étant donné que l'original se trouve au MNAC (point (34) de la Route du Modernisme). Le local, qui publiait sa propre revue -Pèl & Ploma-, devint le refuge d'artistes et d'intellectuels tels que les compositeurs Enric Granados et Isaac Albéniz, ou les jeunes peintres Joaquim Mir et Pablo Picasso. Malheureusement, le bâtiment n'est pas conservé dans son intégralité. Le linteau original de la porte, œuvre de Puig i Cadafalch, a disparu lors de travaux que le local a subis au cours de sa vie plus que centenaire.

Nous poursuivons notre route par le carrer de n'Amargós, qui débouche dans le carrer Comtal et nous amène à la Via Laietana. Il s'agit d'une large avenue projetée pendant la deuxième moitié du XIXe siècle pour ouvrir un accès au port et inspirée des modèles de centres d'affaires qui se faisaient alors en Amérique du Nord. L'urbanisation de cette voie s'est étalée sur plusieurs décennies et y ont participé les protagonistes du Modernisme Lluís Domènech i Montaner et, surtout, Josep Puig i Cadafalch. En remontant un peu la Via Laietana, on aperçoit l'immeuble du GREMI DELS VELERS (CORPS DE MÈTIER DES FABRICANTS DE VOILES) (Via Laietana, 60), siège du corps de mètier des industriels de la soierie depuis 1764. C'est un magnifique immeuble baroque orné de sgraffites qui représentent des atlantes et des cariatides. Caché derrière ce bâtiment, on découvre l'un des joyaux incontournables du Modernisme de Barcelone : le PALAU DE LA MÚSICA CATALANA (24). (PALAIS DE LA MUSIQUE CATALANE). Le Palau de la Música est une commande de l'Orfeó Català (Orphéon catalan), faite en 1904 à Lluís Domènech i Montaner. La première pierre du nouveau bâtiment a été posée le jour de la Sant Jordi de 1905 et les travaux se sont prolongés pendant trois années. Le résultat est cette somptueuse salle de concerts qui devait servir de foyer pour la musique chorale catalane.

Palau de la Música Catalana

Adresse

Palau de la Música, 4 - 6.


Horaire
Tous les jours, de 10 à 15h30.

Août de 9 à 20h.

Juillet et semaine de Pâques de 10 à 18h.

Vente des entrées

Guichets du palais: Palau de la Música, 4 - 6,

tel. 902 475 485 o www.palaumusica.cat




Information
Tél. 902 475 485

www.palaumusica.cat

visites@palaumusica.cat
Remarques
Les visites ont une durée de 50 minutes. Vente des entrées à la boutique Les Muses del Palau et aux guichets du palais. Places limitées : 55 personnes par visite. Aux heures piles, en anglais ; aux demi-heures, en espagnol ou en catalan. Les horaires des visites peuvent subir quelques variations ou des annulations en fonction de la disponibilité de la salle de concerts, il est donc conseillé de les vérifier à l’avance.
Prix et remise
Prix. Adultes : 20,00 €.

Enfants de moins de 10 ans: gratuit.

Remise de la Route du Modernisme : 20 % sur le tarif des adultes.
Description
PALAIS DE LA MUSIQUE CATALANE

Le bâtiment s'élève sur le terrain de l'ancien couvent de Sant Francesc de Paula. La taille réduite du terrain et le prix élevé des parcelles adjacentes obligèrent à l'époque Domènech i Montaner à « encaisser » l'auditorium dans un maillage de rues étroites qui limitent sa contemplation globale depuis l'extérieur, et à s'ingénier afin que la scène soit suffisamment vaste et que le bâtiment puisse accueillir les bureaux ainsi que les archives de l'orphéon.

L'église de l'ancien couvent, reconvertie en église paroissiale, a survécu jusqu'à ce qu'elle soit démolie pour entreprendre un agrandissement du palais. L'intervention, signée Oscar Tusquets (2003), a permis de construire sur le terrain qui se libérait ainsi une place permettant d'admirer l'immense verrière originale de Domènech qui était auparavant cachée dans la courette se trouvant entre le temple et le palais. La verrière est flanquée de deux tours de brique apparente, et celle du coin possède des reliefs représentant un arbre feuillu sculpté dans la brique, motif végétal inspiré de Domènech i Montaner. Au sous-sol de la grande place, on a construit une salle polyvalente, le Petit Palau, qui a une capacité de six cents personnes. Conjointement à la Pedrera, le Palau de la Música est considéré comme l'un des exemples suprêmes du Modernisme du fait de son architecture brillante, hardie et somptueusement décorée. Et il porte avec orgueil le titre de Patrimoine Mondial de l'Humanité de l'Unesco. Mais il n'en fut pas toujours ainsi. Il fut l'une des ultimes extravagances du Modernisme et, déjà dans les années vingt, il commença à être mis en question au point que les voisins l'appelaient le « palais de la quincaillerie » et que les architectes de l'époque demandaient sa démolition. Heureusement, ils ne parvinrent jamais à leurs fins, le palais a été conservé et il est devenu une institution intimement liée à la mémoire collective des Barcelonais.

Le Palau de la Música Catalana a été inauguré en 1908 avec un bref concert au cours duquel ont été interprétés des morceaux de Clavé et de Händel. La façade, projetée par Domènech i Montaner, a surpris les Barcelonais : en maçonnerie apparente, d'une belle polychromie due à l'utilisation de revêtements de mosaïque de céramique, elle est présidée, à l'angle, par un groupe de sculptures de Miquel Blay, une énorme proue de pierre représentant une allégorie de la musique populaire. C'est une œuvre d'un haut symbolisme conceptuel, avec deux enfants et deux vieillards embrassant une nymphe alors que saint Georges les protége avec le drapeau catalan agité au vent. La façade comporte aussi une mosaïque représentant La balanguera -qui est aujourd'hui l'hymne de Majorque- faisant référence à un poème de Joan Alcover, entourée des choristes de l'Orphéon catalan. Un autre aspect intéressant de l'extérieur du palais est constitué par les curieux guichets aujourd'hui inutilisés, situés à l'intérieur des colonnes qui flanquent la porte principale. Les richesses continuent à l'intérieur : le vestibule chargé, les voûtes revêtues d'azulejos, et l'escalier double avec des balustres de verre doré jouent le rôle d'un apéritif avant de s'engager dans l'authentique joyau du bâtiment.

À l'intérieur, la salle de concerts est une enivrante succession de sculptures, de vitraux polychromes, de mosaïques et d'éléments décoratifs qui jouent constamment avec la perception de la lumière et de la couleur. L'image la plus caractéristique de la salle est son énorme et spectaculaire claire-voie de verre coloré en forme de cloche inversée, qui ne pèse pas moins d'une tonne. Cette merveille de l'art somptuaire représente un cercle d'anges féminins d'un chœur situé autour du soleil. L'obsession de Domènech i Montaner pour la lumière ne se limitait pas à la claire-voie : il a conçu la salle, avec sa structure légère en acier, comme une espèce de boîte de verre filtrant la lumière extérieure au travers de verrières qui recréent l'atmosphère des cathédrales gothiques et aident à donner un certain air sacré à l'auditorium. La scène de la salle est, sans le moindre doute, la « sculpture » la plus spectaculaire du palais. L'avant-scène accueille un curieux ensemble réalisé en pierre ponce, dessiné par Domènech i Montaner lui-même mais taillé par Dídac Massana et Pau Gargallo. Sur la gauche, l'ensemble abrite un buste de Josep Anselm Clavé ainsi qu'une allégorie des fleurs de mai représentant la musique populaire. À droite, le buste de Beethoven personnifie la musique universelle. Au-dessus de ce buste, les walkyries de Wagner chevauchant en silence vers Clavé symbolisent le rapport de la nouvelle musique avec l'ancienne culture musicale catalane. La scène est complétée par un spectaculaire orgue de facture allemande -restauré en 2004 grâce à une campagne de souscription populaire- et l'hémicycle conçu par Eusebi Arnau et réalisé en trencadís dans lequel on remarquera les dix-huit sculptures représentant les esprits de la musique ainsi qu'un surprenant écu autrichien. Une galerie et une colonnette d'influence égyptienne contribuent, modestement, à embellir la perspective d'une salle, véritable sanctuaire de la musique, dans laquelle se sont produits des interprètes de la catégorie de Rubinstein, Menuhin ou Pau Casals. Les motifs floraux sont autant d'éléments remarquables de la salle, et ils président à tous les éléments ornementaux, aussi bien au plafond que dans les verrières ; de même que les lampes médiévalisantes, plus propres d'un château que d'une salle de concert. Les autres espaces intérieurs remarquables du palais sont la salle de musique de chambre, dans laquelle on peut encore contempler la première pierre du bâtiment, et la salle de repos Lluís Millet, peut-être la pièce qui est demeurée la plus fidèle au projet original de Domènech i Montaner.

En faisant le tour du palais par les carrers d'Amadeu Vives et d'Ortigosa, on revient à la Via Laietana. Face à nous, se trouve le bâtiment de forme triangulaire de l'organisme bancaire CAIXA DE PENSIONS I D’ESTALVIS DE BARCELONA (Via Laietana, 56-58) qui a abrité la fondation "la Caixa" et qui est, actuellement, le siège d'une salle du Tribunal supérieur de Justice de Catalogne. Cette œuvre néomédiévaliste d'Enric Sagnier (1917) présente sur sa façade une sculpture de Manuel Fuxà, conçue comme une allégorie de l'économie, ainsi qu'un spectaculaire arc ogival fermé par des vitraux polychromes. De l'autre côté du carrer de Jonqueres se trouve une dépendance de ce bâtiment, l'EDIFICI ANNEX DE LA CAIXA DE PENSIONS (IMMEUBLE ANNEXE DE LA CAIXA DE PENSIONS. C/ Jonqueres, 2), lui aussi conçu par Sagnier, dans lequel l'architecte insista sur l'utilisation de la pierre blanche, décorée de quelques azulejos. Toutefois, on voit poindre dans cette construction des lignes plus modernes, plus proches des immeubles de bureaux actuels, dont c'est l'un des premiers exemples dans notre ville.

Traversons la Via Laietana et prenons à droite, vers la plaça d'Urquinaona. Depuis cette place, l'itinéraire se poursuit sur la gauche en direction de la plaça de Catalunya, centre névralgique de la ville. La construction de cette monumentale place circulaire fut entamée en 1925, après un demi-siècle de litiges divers entre la municipalité, l'État et les propriétaires particuliers des terrains qui marquèrent pendant des années la frontière entre l'ancienne ville derrière ses murailles et la nouvelle cité s'étendant sur la plaine. Le dessin définitif de la place est de Francesc de Paula Nebot, qui se limita à transformer un projet antérieur de Puig i Cadafalch, qui était alors frappé d'ostracisme par le régime militaire de Primo de Rivera. Précisément, on peut observer sur la place, au coin de la Rambla de Catalunya, une œuvre de Puig i Cadafalch réalisée en 1921 dans les canons du classicisme moderne, la CASA PICH I PON (MAISON PICH I PON. Plaça de Catalunya, 9). La plaça de Catalunya marque le début du passeig de Gràcia et de l'Eixample, authentique habitat du Modernisme barcelonais. Au beau milieu de la place se trouve l'Office du Tourisme de Barcelone, point de départ des itinéraires Walking Tours Modernisme et siège de l'un des trois centres du Modernisme de Barcelone. Le centre, dans lequel avec ce guide vous pourrez obtenir gratuitement les bons de réduction de la Route du Modernisme, est spécialisé dans l'information sur ce mouvement, et vous pourrez acheter dans la boutique adjacent toutes sortes de produits en rapport avec le Modernisme.

Centre d’Informació de Turisme de Barcelona - Centre del Modernisme

Barcelona Walking Tours

Adresse
Office du tourisme de Barcelone. Pl. de Catalunya, 17, sous-sol.
Horaire
Itinéraires Barcelona Walking Tours Modernisme

Anglais:

d'avril à octobre, mercredi et vendredi à 18h.

De novembre à mars: mercredi et vendredi à 15.30h.

Français:

d'avril à octobre, dimanches à 15.30h.

Catalan/Espagnol:

d'avril à octobre, dimanches à 12h.

Les 1/1, 6/1, 14/4, 1/11, 6/12 et 8/12, il n’y a pas d’itinéraire.

Office du tourisme de Barcelone : du lundi au dimanche, de 8.30 à 20.30 heures. Fermé les 1er janvier et 25 décembre.
Information
Tél.: 932 853 832. www.barcelonaturisme.com
Prix et remise
Prix.

Adultes : 16,00 €.

Enfants (de 0 à 12 ans) : gratuite.

Remise de la Route du Modernisme : 20 % sur le tarif des adultes.

Le passeig de Gràcia est la colonne vertébrale de l'Eixample. C'est un large boulevard dans lequel se mêlent les maisons particulières, les bureaux et les banques, les cinémas, les établissements prestigieux, les cafés ainsi qu'une bonne partie des « bijoux » du Modernisme. À l'origine, ce boulevard était un simple chemin de terre qui reliait les murailles de Barcelone à la municipalité voisine de Gràcia, mais cela commença à changer en 1827 lorsque le chemin fut transformé en promenade arborée. En 1852, l'avenue étrenna les premiers lampadaires à gaz, et, en 1853, on y inaugura dans le tronçon compris entre les actuels carrers d'Aragó et de Mallorca, les Camps Elisis, vaste zone de loisirs qui offrait des jardins, des buvettes, des installations permettant le pique-nique, des salles de fêtes, des montagnes russes ainsi qu'un auditorium à l'air libre. En 1872, on installa dans le boulevard la première ligne de tramway à cheval et, à partir des années 1890, il est devenu le nouveau centre résidentiel de la haute bourgeoisie.

L’Eixample
La Barcelone de l’Eixample a commencé à naître au milieu du XIXe siècle. En 1854, la ville a obtenu l’autorisation gouvernementale nécessaire pour démolir les murailles qui entouraient Barcelone. Ces murailles, peu appréciées des Barcelonais parce qu’après 1714 elles avaient été utilisées pour contrôler et réprimer la ville davantage que pour la défendre, s’élevaient là où, de nos jours, se trouvent les rondes de Sant Pau, de Sant Antoni, de la Universitat, de Sant Pere ainsi que le passeig de Lluís Companys. Toutefois, et malgré les escouades de volontaires qui se sont inscrites avec enthousiasme pour tailler dans la pierre, les murs si exécrés ne sont pas tombés tout de suite. La démolition a duré presque dix ans et elle a été menée à terme en toute conscience. Quatre ans plus tard, en 1859, alors que les murailles étaient à moitié détruites, l’urbanisation de la zone située entre la Barcelone ancienne et la plaine où se trouvaient les anciennes municipalités de Gràcia, Sants, Les Corts, Sant Gervasi de Cassoles et Sant Martí de Provençals a commencé. Cette zone initiale de l’Eixample coïncidait avec la zone de sécurité militaire de deux kilomètres -la distance de portée des projectiles des canons- qui entourait les murailles de la ville.

L’Eixample se caractérise par sa trame urbaine en forme de quadrillage, conçue par l’ingénieur et urbaniste Ildefons Cerdà en 1859. La conception de Cerdà rappelait quelque peu le Paris qu’Haussman avait dessiné pour Napoléon III, avec de larges boulevards qui taillaient littéralement le centre ancien de la capitale française. La principale différence était que Cerdà n’avait à « éponger » aucun noyau urbain. Il s’affrontait à une vaste zone de terrain ouvert, un authentique rêve pour un urbaniste. Cerdà, homme d’inspiration socialiste, a imaginé un quadrillage urbain dans lequel chaque bloc représenterait la société et permettrait la cohabitation de bourgeois, d’artisans, de commerçants et d’ouvriers dans une ville qui aurait aboli les hiérarchies. Toutefois, cet idéal de Cerdà n’est jamais allé au-delà de l’utopie. Les lois du marché immobilier ont fait que, rapidement, des zones de l’Eixample sont devenues plus chères et plus exclusives que d’autres. La frontière était marquée par la ligne de chemin de fer qui, depuis 1863, unissait la plaça de Catalunya au village de Sarrià par l’actuel carrer de Balmes -ligne qui a été enterrée en 1929, et qui correspond actuellement aux lignes U6 et U7 des Ferrocarrils de la Generalitat de Catalunya-. À gauche de ces lignes, le terrain est meilleur marché, et à droite, beaucoup plus cher. Par conséquent, l’architecture modernista, au service de la vanité de la bourgeoisie prospère du moment, a été concentrée pour l’essentiel dans le quartier que l’on appelle communément la Dreta de l’Eixample (la droite de l’Eixample).

Cette divergence entre le projet de Cerdà et la réalité n’est pas la seule qu’ait vécue l’Eixample. Cerdà avait projeté cinq cent cinquante pâtés de maisons séparés par des rues de vingt mètres de largeur : de vastes îlots ouverts comportant des jardins intérieurs, avec des coins en pan coupé à 45º. La fonction de ces pans coupés était de laisser un espace suffisant pour le virage des véhicules de transport public ainsi que de créer un lieu qui serait réservé aux chargements et aux déchargements des marchandises. Cependant, à l’exception de ces pans coupés, aucune des idées originales n’a été l’objet de la moindre réalisation. Les pâtés de maisons actuels sont fermés, et les cours intérieures avec des jardins ont quasiment toutes disparu au profit de magasins, d’entrepôts ou de garages. Pas davantage que n’ont été respectés les dix-sept mètres prévus comme hauteur maximum, ni les quatre mille mètres carrés de superficie constructible pensés par Cerdà. Les promoteurs immobiliers ont passé outre les prévisions de l’urbaniste et ont élevé la surface constructible jusqu’à seize mille mètres carrés.

La construction du nouveau quartier projeté par Cerdà, commencée en 1860, a été lente et discontinue. Les premiers immeubles de l’Eixample sont ceux qui ont occupé les quatre angles de la confluence des carrers de Roger de Llúria et del Consell de Cent -aujourd’hui il n’en reste plus qu’un, celui du carrer del Consell de Cent, 340-. En 1872, il n’y avait qu’un millier de logements concentrés pour l’essentiel dans la zone située entre le passeig de Gràcia et les carrers del Consell de Cent, de Casp et de Bailèn. Un millier d’appartements dans lesquels ont vécu les quarante mille premiers habitants d’un quartier qui n’a pas commencé à croître de manière soutenue avant 1880, coïncidant avec une nouvelle génération d’architectes, plus ambitieux et plus talentueux que leurs aînés, et qui ont dirigé la construction de l’Eixample. Ces architectes -avec Gaudí, Puig i Cadafalch et Domènech i Montaner à leur tête- ont fait de l’Eixample un authentique musée à l’air libre en y construisant des logements ventilés, ensoleillés et bien distribués ; fonctionnels, comme on dirait de nos jours. En résumé, les immeubles de l’Eixample ont été les demeures les plus modernes de l’aube du XXe siècle et, malgré les altérations du projet de Cerdà, l’Eixample est aujourd’hui l’une des zones urbaines les plus intéressantes d’Europe. Au cours de ces dernières années, on a récupéré à l’initiative de la municipalité certaines cours intérieures de ces pâtés de maisons.


Son caractère de zone aisée est mis en évidence par l'un de ses éléments les plus singuliers, ses trente et un Bancs-fanals, projetés en 1906 par Pere Falqués (55) et qui passent actuellement un peu inaperçus entre le mobilier urbain et la marée de circulation automobile qui envahit chaque jour l'avenue. Un autre de ses éléments les plus caractéristiques est constitué par les panots des trottoirs, copiés sur les gros carreaux hexagonaux dessinés par Gaudí pour le sol de la Casa Batlló, et qui furent installés finalement dans les cuisines de la Pedrera. En 2002, la municipalité a fait daller le passeig de Gràcia avec ces carreaux hexagonaux monochromes, tous identiques, qui représentent des motifs marins quand on regarde un ensemble de six pièces : un poulpe, un escargot et une étoile de mer. Les carreaux originaux, produits par l'entreprise Escofet, furent l'un des premiers dallages décorés projetés pour être produits en série.

Les merveilles architecturales du passeig de Gràcia commencent presque dès son début avec la CASA PASCUAL I PONS (25) (MAISON PASCUAL I PONS. Passeig de Gràcia, 2-4). Au moment de la clôture de cette édition commençait sa restauration. L'œuvre la plus gothique d'Enric Sagnier i Villavecchia, l'un des architectes les plus prolifiques du Modernisme barcelonais. Le principal intérêt du bâtiment se trouve à l'intérieur : des vitraux sertis au plomb qui représentent des personnages médiévaux, visibles depuis l'extérieur ; l'escalier orné d'éléments de sculpture ainsi que de luminaires de fer et de verre ; enfin, une noble cheminée de bois. Construite en 1890-1891, la Casa Pascual i Pons était à l'origine constituée de deux maisons indépendantes conçues de manière unitaire afin d'exploiter leur exceptionnelle situation urbanistique, au coin que fait la plaça de Catalunya avec le passeig de Gràcia. L'ensemble fut profondément remodelé en 1984. Poursuivons notre promenade sur le passeig de Gràcia jusqu'au carrer de Casp dans lequel il vaut la peine de s'écarter de l'itinéraire quelques minutes.

Le premier immeuble remarquable que l'on croise sur notre passage dans ce tronçon de la Route du Modernisme est la CASA LLORENÇ CAMPRUBÍ (26) (MAISON LLORENÇ CAMPRUBÍ. C/ Casp, 22), œuvre d'Adolf Ruiz i Casamitjana (1901). Avec une remarquable tribune qui occupe l'entresol et le premier étage, la Casa Camprubí est un bon exemple du travail de Ruiz de la fin du siècle, époque à laquelle cet architecte réalisa une interprétation très personnelle d'un vaste répertoire de formes et d'éléments néogothiques. Le rendez-vous suivant de notre déviation dans le carrer de Casp est la CASA SALVADÓ (MAISON SALVADÓ. C/ Casp, 46), œuvre de Juli Batllevell. Ce bâtiment représente une alternative éclectique à une époque (1904) et au milieu d'une zone dominée par le Modernisme. À la porte contiguë se trouve la CASA CALVET (27) (MAISON CALVET. C/ Casp, 48), œuvre d'Antoni Gaudí. L'architecte commença avec la Casa Calvet (1898), son premier immeuble de logements en plein Eixample, une ligne qui fut largement suivie par les auteurs d'autres maisons qui, comme la sienne, firent usage d'éléments baroques ou rococos, tels que les formes ondulées et le traitement particulier de leur superficie irrégulière de pierre sableuse de Montjuïc, les balcons ou les tribunes. Dans la Casa Calvet, Gaudí donna un traitement différencié à chacun des éléments qui conforment le bâtiment. La façade est présidée par une tribune baroque avec des balustrades de fer forgé et des reliefs représentant différents types de champignons en hommage à la passion mycologique d'Eduard Calvet, premier propriétaire de l'immeuble. La décoration de la tribune comprend aussi un écu de Catalogne et un cyprès, symbole d'hospitalité. Il vaut aussi la peine de regarder le vestibule d'entrée ainsi que le rez-de-chaussée, aujourd'hui transformés en restaurant Casa Calvet (Réservation obligatoire au téléphone 934 124 012. Pour davantage d'information, voir On sort, guide des bars et restaurants modernistes). À l'intérieur du restaurant, on a conservé le mobilier du bureau original du négoce textile des Calvet. Parmi d'autres éléments, on remarquera les lampes, les bancs du hall d'entrée ainsi que ceux qui sont adossés au mur, les paravents de bois qui séparaient les différents bureaux, les heurtoirs des portes ainsi que les poutres du plafond.

De retour sur le passeig de Gràcia, nous trouvons le bâtiment des CASES ROCAMORA (28) (MAISONS ROCAMORA. Passeig de Gràcia, 6-14). Cet immeuble est, avec la Casa de les Punxes (Maison des Punxes), de Puig i Cadafalch, l'un des plus grands ensembles architecturaux de tout l'Eixample. Contrairement à l'habitude à cette époque-là, son terrain ne fut pas divisé en plusieurs lots pour y construire divers immeubles sinon qu'il fut utilisé pour l'édification d'un unique volume architectural afin d'accentuer la magnificence du bâtiment. L'œuvre, de style néogothique marqué, a été signée en 1914 par les frères Bassegoda -Joaquim et Bonaventura-, qui consacrèrent une attention toute spéciale au traitement de la pierre de la façade ainsi qu'au singulier ensemble de tribunes qui fait le coin avec le carrer de Casp.

L'itinéraire se poursuit sur le passeig de Gràcia jusqu'à ce que l'on parvienne à la Gran Via de les Corts Catalanes, l'une des trois grandes artères que Cerdà conçut pour traverser et faciliter les communications dans le quadrillage de l'Eixample -les deux autres sont l'avinguda Diagonal et l'avinguda Meridiana-. Le croisement de ces deux grandes avenues est présidé par deux bâtiments tout à fait singuliers bien qu'ils ne soient pas modernistes. À gauche se trouve le PALAU MARCET (PALAIS MARCET. Passeig de Gràcia, 13), un petit palais urbain construit en 1887 par Tiberi Sabater et qui, des années plus tard, en 1934, fut transformé en théâtre aujourd'hui reconverti en cinéma multisalle. À droite, on peut contempler la façade ondulée et rationaliste, décorée de pavés de verre de la JOIERIA ROCA (BIJOUTERIE ROCA. Passeig de Gràcia, 18), dessinée par Josep Lluís Sert en 1934.

Une déviation, à gauche, par la Gran Via de les Corts Catalanes en direction de la plaça d'Espanya nous conduit à divers bâtiments modernistes intéressants, mais auparavant nous croisons la CASA PIA BATLLÓ (MAISON PIA BATLLÓ. Rambla de Catalunya, 17), bâtiment éclectique et néogothique de Josep Vilaseca (1896) qui fait le coin et est rehaussé par deux tours de céramique vitrifiée, elles-mêmes couronnées par des miradors de fer forgé. Après avoir dépassé le monumental cinéma Coliseum ainsi que le bâtiment néoclassique de l'Université de Barcelone (Elies Rogent, 1861), on peut observer, sur le trottoir opposé, la CASA GERÓNIMO GRANELL (29) (MAISON GERÓNIMO GRANELL. Gran Via de les Corts Catalanes, 582) de l'architecte Gerónimo F. Granell i Barrera. Il s'agit d'un immeuble qui a été entièrement restauré en 2004 afin de faire ressortir les éléments modernistes originaux de 1902, parmi lesquels on remarquera la tribune qui rompt de manière délicieuse la symétrie de la façade.

Plus loin, au coin du carrer de Villarroel, on trouve le CONJUNT DE TRES EDIFICIS (30) (ENSEMBLE DE TROIS BÂTIMENTS. Gran Via de les Corts Catalanes, 536-542 ; C/ Villarroel, 49-51), de style modernista et d'un auteur inconnu. C'est dans l'un de ces immeubles que se trouve la FARMÀCIA MESTRE (PHARMACIE MESTRE) qui conserve une grande partie de sa décoration originale de 1903, tout particulièrement en ce qui concerne les portes et les vitrines. En continuant la Gran Via, deux rues plus loin, au croisement avec le carrer del Comte Borrell, il vaut la peine de consacrer quelques instants à la FARMÀCIA MADROÑAL (PHARMACIE MADROÑAL. C/ Comte Borrell, 133). Tout près de là, sur le trottoir opposé, nous parvenons à la CASA GOLFERICHS (31) (MAISON GOLFERICHS. Gran Via de les Corts Catalanes, 491), maison indépendante modernista de Joan Rubió i Bellvé construite en 1901 pour Macari Golferichs, commerçant de bois exotiques. Convertie après la Guerre civile en école religieuse, elle a été achetée à la fin des années soixante par un promoteur privé qui avait l'intention de la détruire et de construire à sa place un immeuble de logement, mais les protestations insistantes des habitants du quartier ont évité la disparition pour cause de spéculation de ce que les gens du quartier appelaient el xalet (la villa). En 1980, la municipalité de Barcelone en a récupéré la propriété pour en faire une maison de quartier et y a réalisé des travaux jusqu'à la fin de la restauration en 2004.

Un peu plus loin, sur le même trottoir, nous trouvons la CASA DE LA LACTÀNCIA (32) (MAISON DE L'ALLAITEMENT. Gran Via de les Corts Catalanes, 475-477), joli bâtiment de tons bleus avec un relief sculpté qui rappelle son usage primitif. La maison, construite par Antoni de Falguera i Sivilla et Pere Falqués i Urpí entre 1908 et 1913, a pour intérêt principal un patio central décoré de céramiques et couronné d'une claire-voie qui lui confère une grande luminosité. En arrivant à la plaça d'Espanya, on passe devant la CASA FAJOL (MAISON FAJOL. C/ Llançà, 20), de Josep Graner i Prat (1912), connue habituellement sous le nom de casa de la papallona (maison du papillon) du fait du couronnement de trencadís représentant un papillon aux lignes courbes de proportions inhabituelles qui, sans le moindre doute, distingue le bâtiment.

En poursuivant par la Gran Via de les Corts Catalanes, nous parvenons à la plaça d'Espanya, lieu de confluence d'importantes artères de la ville, et nous pénétrons dans le district de Sants. Il émane de ce quartier un arôme traditionnel où l'on respire encore le passé industriel et ouvrier ; peut-être d'ailleurs est-ce la raison pour laquelle le Modernisme n'y a guère laissé d'empreinte, à l'exception de quelques bâtiments emblématiques. Au beau milieu de cette place se trouve la FONT COMMEMORATIVA DE L’EXPOSICIÓ DE 1929 (FONTAINE COMMÉMORATIVE DE L'EXPOSITION DE 1929. Plaça d'Espanya, s/n). Ce monument, œuvre de Josep M. Jujol, a été construit sur la place même de l'entrée à l'Exposition internationale de 1929, bien qu'il n'ait été terminé qu'après l'événement. La fontaine comprend un groupe de sculptures de Miquel Blay et des frères Miquel et Llucià Oslé, et elle est considérée comme étant de style éclectique.

Nous montons ensuite au Palau Nacional par l'avinguda de la Reina Maria Cristina, si celle-ci n'est pas fermée au public à cause de la foire-exposition de la Fira de Barcelona (Consulter le Centre du Modernisme au tél. : 902 076 621) ; si celle-ci est fermée, nous passerons par le carrer Mèxic. Poursuivons notre chemin par ESCALES I EL MIRADOR DEL PALAU NACIONAL, (LES ESCALIERS ET LE MIRADOR DU PALAIS NATIONAL), qui constituent l'axe central de l'exposition de 1929 projeté par l'architecte Josep Puig i Cadafalch. Avec ses trois places à différents niveaux réunies par les escaliers et par des cascades situées au centre, l'ensemble respecte une rigoureuse symétrie. Sur la première place, se trouve la FONT MÀGICA (FONTAINE MAGIQUE), œuvre de l'ingénieur Carles Buïgas construite en 1929. Cette fontaine tient son nom du caractère qu'elle avait à l'époque de l'exposition du fait des spectaculaires jeux d'eau et de lumière de couleurs, que l'on peut encore y voir de nos jours (Consulter les horaires au tél. 010). En remontant les escaliers, on parvient à la plaça del Marquès de Foronda et l'on trouve, d'un côté et de l'autre, le PALAU D’ALFONS XIII (PALAIS D'ALFONS XIII) et le PALAU DE LA REINA VICTÒRIA EUGÈNIA (PALAIS DE LA REINA VICTÒRIA EUGÈNIA). Ces deux palais, construits en 1918 par Josep Puig i Cadafalch, ont été des pavillons de l'Exposition de 1929 et ils font partie aujourd'hui de la foire-exposition de Barcelone.
L'axe se termine par le mirador du PALAU NACIONAL (PALAIS NATIONAL), qui a fait fonction de palais de l'Exposition internationale de 1929. Construit entre 1927 et 1929 selon le projet d'Eugeni P. Cendoya et d'Enric Catà, avec la collaboration de Pere Domènech i Roura, cet édifice fait partie de ce que l'on appelle le « monumentalisme éclectique ».

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