Ajuntament de Barcelona Institut del Paisatje Urbà
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Guide de la Route du Modernisme
Ruta 3, MNAC (34) – Casa Batlló (45)
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Museu Nacional d'Art de Catalunya MNAC

Adresse
Palau Nacional, Parc de Montjuïc. 08038 Barcelona.
Horaire
Horaire d'hiver (1/10 au 30/04): de mardi à samedi, de 10 à 18 heures; dimanche et jours féries de 10 à 15 heures.

Horaire d'été (2/05 à 30/09): de mardi à samedi de 10 à 20h, dimanche et jours fériés de 10 à 15h.

Gratuit tous les samedis à partir de 15h.

Fermé: le lundi non fériés, ainsi que les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.
Information
Tél. : 936 220 376. info@mnac.es; www.museunacional.cat

Restaurant avec vues.

Terrasses-Mirador sur Barcelone.
Remarques
La vente des entrées se termine une demi-heure avant la fermeture des salles [à 18 heures 30 et à 14 heures]. Les horaires peuvent subir des variations, il est donc conseillé de les vérifier à l’avance).
Prix et remise
Prix.

Adultes : 12,00 €.

Étudiants : 5,95 €.

Retraités et moins de 14 ans : gratuit.

Remise de la Route du Modernisme : 30 % sur le tarif des adultes (prix avec remise 5,95 €).

Il abrite actuellement le MUSEU NACIONAL D’ART DE CATALUNYA (MNAC), (34) (MUSÉE NATIONAL D'ART DE CATALOGNE) qui, depuis 2004, après l'achèvement des travaux de réhabilitation du bâtiment, présente finalement rassemblées toutes ses collections. Le fonds du MNAC comporte un impressionnant échantillon des mille dernières années d'art en Catalogne : peinture, sculpture, arts décoratifs, dessin et gravure, photographie et numismatique. Naturellement, il comprend un panorama de l'art modernista catalan du milieu du XIXe siècle jusqu'à la moitié du XXe. Les collections du MNAC, parmi les plus représentatives de ce mouvement, en font le musée barcelonais du Modernisme par excellence, puisqu'il conserve et présente le plus remarquable de sa production d'arts visuels dans toute sa diversité : peinture, sculpture et arts décoratifs.

D'autre part, la visite du musée est indispensable pour situer l'œuvre des architectes modernistes dans le contexte artistique de leur époque. S'il est vrai que Gaudí, par exemple, fréquentait peu les cénacles modernistes, il a toujours maintenu des relations d'amitié -avec des influences réciproques- avec divers artistes faisant partie de ce mouvement tels que les sculpteurs Josep Llimona et Carles Mani, ainsi que les peintres Joaquim Mir, Anglada i Camarasa, Francesc Gimeno ou Darío de Regoyos, qui sont tous représentés dans les collections du musée. De nombreuses œuvres exposées renvoient à des lieux du parcours de la Route du Modernisme. On y trouve, par exemple, l'original de Ramon Casas et Pere Romeu sur un tandem (1897), du peintre Ramon Casas (1866-1932) dont une copie ornait le mur du bar-restaurant Els Quatre Gats (point (23) de la Route). Le riche ensemble d'arts décoratifs du musée nous permet de découvrir la décoration intérieure des étages nobles de certains des immeubles les plus emblématiques de l'architecture modernista, comme ceux qui constituaient la fameuse Mansana de la Discòrdia du passeig de Gràcia. De la Casa Amatller (44), le musée présente divers éléments du mobilier tels qu'un banc, une vitrine et un plafonnier, œuvres de Puig i Cadafalch lui-même. De la Casa Batlló (45), il exhibe divers éléments conçus par Antoni Gaudí, comme une porte coulissante, une chaise et un sofa très caractéristiques de son style. L'architecte Lluís Domènech i Montaner a chargé de la décoration intérieure de la Casa Lleó Morera (43) l'ébéniste majorquin Gaspar Homar (1870-1953), l'une des principales figures des arts décoratifs du Modernisme : ses œuvres ont été primées à Barcelone, Madrid, Londres (1907) et Paris (1909). De cette décoration, le musée conserve la quasi totalité de la salle de séjour ainsi que des éléments d'autres pièces, tels qu'un sofa doté de vitrines latérales et d'un panneau de marqueterie. Pour compléter la vision de l'art modernista en Catalogne, le visiteur doit aussi contempler des œuvres de sculpture, avec Josep Llimona, Eusebi Arnau et Miquel Blay. Il vaut aussi la peine de découvrir les œuvres d'autres artistes appartenant à des mouvements antérieurs au Modernisme -Marià Fortuny ainsi que les disciples de l'École de Rome- et postérieurs. La deuxième génération d'auteurs modernistes tels que Joaquim Mir, ou les artistes de la période noucentista, Joaquim Sunyer, Joaquim Torres García ou Manolo Hugué, entre autres, et de la sculpture d'avant-garde de Pablo Gargallo et Juli González, sont particulièrement intéressants.

Descendons à la plaça de Carles Buïgas et, par l'avinguda del Marquès de Comillas, nous parvenons à CAIXAFORUM - FÀBRICA CASARAMONA (35) (CAIXAFORUM - USINE CASARAMONA. C/ Marquès de Comillas, 6-8). L'industriel Casimir Casaramona décida d'installer son usine textile dans la montagne de Montjuïc et chargea du projet Josep Puig i Cadafalch (1912-1913). Le résultat est un ensemble typique d'architecture industrielle dans lequel ne manquent ni les voûtes à la catalane, ni la décoration de céramique modernista ou de pierre artificielle. Par contre, Puig i Cadafalch dota l'ensemble d'un parfum néogothique caractéristique ainsi que de détails d'une authentique personnalité, tels que les pinacles et les tours de plan carré. L'usine, le plus grand bâtiment jamais construit par Puig i Cadafalch, cessa d'être utilisée avec le temps et, en 1940, elle fut transformée en écuries destinées aux chevaux de la Police nationale. En 1998 commencèrent des travaux de réhabilitation pour faire de l'ancienne usine le CaixaForum, c'est-à-dire le nouveau siège social et culturel de la fondation "la Caixa". Il s'agit d'un centre dynamique et polyvalent qui accueille des expositions, des ateliers, des conférences, des cours et des concerts, et il offre des visites guidées aussi bien des expositions que du bâtiment modernista lui-même, parmi de nombreuses autres activités.

CaixaForum. Antiga Fàbrica Casaramona

Adresse
Avinguda Francesc Ferrer i Guàrdia, 6-8.
Horaire
Ouvert tous les jours.

Du lundi au dimanche, et jours fériés, de 10 à 20 h.

Fermé le 25 décembre, les 1er et 6 janvier.

Information
Tél. 934 768 600.

www.fundacio.lacaixa.es




Remarques
Entrée gratuite. Les horaires peuvent subir des variations.
Prix et remise
25% de réduction sur le prix d’entrée aux expositions de CaixaForum.

En suivant la Gran Via en direction de L'Hospitalet de Llobregat, on rencontre aussi l' ESTACIÓ DE LA MAGÒRIA (36) (GARE DE MAGÒRIA. Gran Via de les Corts Catalanes, 181-247 ; C/ Moianès, 1-17), construite par Josep Domènech i Estapà en 1912. Cette gare était destinée aux trains de marchandises allant au port et poursuivant leur route par la ligne des chemins de fer de la Generalitat de Catalunya (FGC) qui passe en souterrain par la Gran Via. Les voies de garage ainsi que les terrains adjacents ont été transformés en zone omnisports. Pas très loin de là, à la fin du carrer del Moianès, se trouve le carrer Creu Coberta, où l'on peut voir deux exemples remarquables du Modernisme des premières années À droite, se trouve le MERCAT D’HOSTAFRANCS (37) (MARCHÉ D'HOSTAFRANCS. C/ Creu Coberta, 93), réalisé en 1888 par Antoni Rovira i Trías, le même ingénieur qui fit un autre marché, celui de Sant Antoni, avec lequel il partage sa structure de fer, en même temps typique et charmante. En traversant la rue, on trouve l'ancienne lieutenance de la mairie d'Hostafrancs, actuel SEU DEL DISTRICTE DE SANTS-MONTJUÏC (38) (SIÈGE DU DISTRICT DE SANTS-MONTJUÏC. C/ Creu Coberta, 106), construite par Jaume Gustà i Bondia (1895) et Ubald Iranzo i Eiras (1908-1915). Partiellement modernista, avec des éléments éclectiques, ce bâtiment est surtout remarquable par ses verrières, œuvre de Francesc Labarta.

De retour au croisement de la Gran Via et du passeig de Gràcia et un peu plus haut, sur le trottoir de gauche, s'élève la CASA MALAGRIDA (39) (MAISON MALAGRIDA. Passeig de Gràcia, 27), œuvre de Joaquim Codina i Matalí, réalisée entre 1905 et 1908. Comme d'autres bâtiments de l'époque situés dans la meilleure zone de l'Eixample, la Casa Malagrida a une apparence extérieure de petit palais urbain fuyant la typologie habituelle des immeubles de logements de ce quartier. Malgré cet aspect, cette maison avait pour but, depuis son origine, de loger plusieurs familles. Le plus remarquable de cet immeuble est son spectaculaire couronnement en forme de coupole ainsi que les lampadaires de fer forgé d'un vestibule dans lequel il vaut aussi la peine de contempler les élégantes fresques du plafond à caissons.

En arrivant au carrefour que fait le passeig de Gràcia avec le carrer del Consell de Cent, nous tournerons vers la droite dans ce dernier et le suivrons pendant quelques pas, dans le sens de la marche des automobiles. Notre destination est l'origine même de l'Eixample : les premières maisons qui furent construites dans la zone. Les CASES CERDÀ (MAISONS CERDÀ Consell de Cent/Roger de Llúria) furent édifiées en 1864 par Antoni Valls. En suivant cette même direction, on pourra voir l'ancienne CONFITERIA J. REÑÉ (Consell de Cent, 362, CONFISERIE J. REÑÉ), établissement qui a conservé sa décoration modernista.

Un peu plus loin, et en parvenant au carrer de Girona, nous trouvons une boutique modernista, le FORN SARRET (40) (BOULANGERIE SARRET. C/ Girona, 73), de 1898, avec des portes de marqueterie dignes d'éloges et un écu, présidant la porte, dans lequel est faite une allégorie de la moisson du blé. Sur le pan coupé opposé, se trouve l'ancien FORN DE LA CONCEPCIÓ (41) (BOULANGERIE DE LA CONCEPCIÓ. C/ Girona, 74), de Josep Suñer (1900).
En remontant par le carrer de Girona, on trouve la CASA POMAR (42) (MAISON POMAR. C/ Girona, 86). Il s'agit d'une édification originale de Rubió i Bellvé (1906) dont la façade lui donne un aspect d'église -ne pas oublier de contempler la céramique verte en forme de quille de bateau qui préside à la porte principale-. En revenant par le carrer del Consell de Cent, on peut descendre quelques pas dans le carrer de Roger de Llúria, où se trouve la TORRE DE LES AIGÜES (TOUR DES EAUX. C/ Roger de Llúria, 56), construite en 1867 par Josep Oriol Mestres. En 1987, ce bâtiment devint le premier pâté de maisons dont l'intérieur public avait été reconquis par la mairie dans une tentative de récupération du projet initial de Cerdà. L'été, la mairie de l'arrondissement de l'Eixample transforme le lieu en une sorte de « plage de quartier » improvisée. Devant ce bâtiment, se trouve le passatge de Permanyer, une jolie ruelle bordée de maisonnettes qui semble vouloir nous transporter dans le Londres victorien.

Reprenons la Route sur le passeig de Gràcia. L'étape suivante de notre promenade à la rencontre du Modernisme barcelonais est la MANSANA DE LA DISCÒRDIA (PÂTÉ DE MAISONS DE DISCORDE), véritable centre symbolique de ce mouvement : cent mètres de rue qui réunissent trois œuvres maîtresses des trois chefs de file modernistes : Lluís Domènech i Montaner -Casa Lleó Morera-, Josep Puig i Cadafalch -Casa Amatller- et Antoni Gaudí -Casa Batlló-. Ce pâté de maisons reçut cette appellation du fait de la compétition esthétique entre trois immeubles qui est, de fait, l'expression du phénomène qui eut lieu au cours de ces années entre les familles bourgeoises de Barcelone ; celles-ci, en effet, voulaient, en s'installant dans l'Eixample, posséder la maison la plus spectaculaire et la plus riche.

Le premier bâtiment intéressant de cette inénarrable Mansana de la Discòrdia est la CASA LLEÓ MORERA (43) (MAISON LLEÓ MORERA. Passeig de Gràcia, 35) qui, malheureusement, ne peut pas être visitée. Lluís Domènech i Montaner se chargea en 1905 des travaux de modification de cette maison construite en 1864 par la Sociedad Fomento del Ensanche afin de l'améliorer et de la redécorer pour ses nouveaux propriétaires, la famille Lleó Morera. Le plus proche du style Renaissance des architectes de la Barcelone modernista parvint à conjuguer dans la Casa Lleó Morera, œuvre petite voire modeste, l'effort créateur d'un nombre considérable d'artistes et d'artisans qui, travaillant en étroite collaboration, parvinrent à offrir une surprenante et presque miraculeuse unité finale, dans le plus pur style floral de Domènech i Montaner. Ainsi, la Casa Lleó Morera présente, depuis le vestibule et en passant par l'escalier, l'ascenseur et l'étage principal, l'un des ensembles les plus riches et les mieux conservés des arts appliqués du Modernisme : mosaïques, verrières, marqueteries, dallages, sculptures, etc. À l'étage noble du bâtiment se trouve, précisément, l'un des grands trésors du Modernisme barcelonais : une monumentale verrière de l'entreprise d'Antoni Rigalt (Rigalt, Granell i Cia) qui occupe un pan de l'ancienne salle à manger principale de la maison et qui représente une bucolique scène rurale. La même pièce présente huit panneaux de céramique avec des figures de porcelaine en relief sur lesquels l'artiste Eusebi Arnau sculpta une berceuse, La dida de l'infant rei (La nourrice de l'enfant roi).

Josep Puig i Cadafalch (1867-1956)
Josep Puig i Cadafalch est né en 1867 au sein d’une famille aisée de Mataró, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Barcelone. Il s’est rapidement fait remarquer par son intelligence et sa précocité : en effet, à seize ans, il donnait déjà des conférences et publiait des articles, particulièrement sur l’art roman. Cette spécialité, en effet, a été la grande passion de sa vie, et elle l’a mené à être considéré comme une autorité mondiale en la matière, avec sa trilogie scientifique L’arquitectura romànica de Catalunya (L’architecture romane en Catalogne) (1909-1918) et cinq doctorats honoris causa en Europe et aux États-Unis.

À 25 ans, après avoir étudié à l’École d’architecture de Barcelone -où il a été l’élève de Domènech i Montaner-, Puig était déjà l’architecte municipal de Mataró, où il a fait construire un nouveau marché (1892) ainsi qu’un système d’égouts moderne (1895). Parallèlement, il acceptait des commandes privées, dont certaines ont donné lieu à de grandes œuvres telles que la Casa Coll i Regàs de Mataró ou la Casa Garí « el Cros » d’Argentona, toutes deux en 1898. Toutefois, on l’a rapidement réclamé à Barcelone où, en 1895, il a commencé à travailler à la Casa Martí. Trois ans plus tard, il projetait déjà la Casa Amatller ainsi que le Casa Macaya. C’est aussi à cette époque qu’il a commencé à impulser et à participer à une série de projets archéologiques (Empúries, Sant Pere de Rodes, églises de Sant Pere de Terrassa) et muséologiques (collection de peinture romane du MNAC), qui sont aujourd’hui des pièces fondamentales de l’art et de l’histoire de la Catalogne.

La rapide implication de Puig avec la ville de Barcelone l’a mené à être conseiller de la Mairie en 1901. Il entamait ainsi une longue carrière politique, qui passera ensuite par la députation aux parliement de Madrid et, pendant de nombreuses années, par la députation provinciale. En 1917, il a succédé à Prat de la Riba en tant que président de la Mancomunitat de Catalunya, première tentative de gouvernement autonome qui avait commencé trois ans auparavant. Comme il ne pouvait pas en être autrement, Puig i Cadafalch a été un président produisant beaucoup et dans diverses directions, en dépit du peu de pouvoir réel et de ressources dont il disposait. Ainsi, comme tout bon modernista, il a travaillé à la modernisation de la Catalogne en la dotant d’infrastructures propres à un État moderne, avec des projets tels que : la création d’établissements scolaires techniques et professionnels publics comme l’École d’Infirmerie, l’École de Commerce et l’École des Industries textiles ; l’extension territoriale systématique du réseau téléphonique ; la promotion d’organismes de bien-être social comme la première organisation d’aveugles et la Maternité ; ou la fondation d’institutions scientifiques catalanes comme l’IEC (Institut d’Estudis Catalans, l’academie scientifique) le futur MNAC (Musée National d’Art de Catalogne) et la Bibliothèque de Catalogne. L’exercice de cette responsabilité, cependant, ne l’a pas empêché de poursuivre son travail d’architecte et d’urbaniste. Par ailleurs, le fait que l’on ait commandé au président des œuvres publiques telles que l’urbanisation de la Via Laietana ou la planification de l’enceinte de l’Exposition internationale de 1929 illustre clairement comment s’organisait la bourgeoisie catalane de l’époque.

Le coup d’État du général Primo de Rivera en 1923, que le conservateur Puig a accueilli avec un optimisme réservé, devait abolir la Mancomunitat un an plus tard, en même temps qu’il décréterait l’interdiction de toutes les activités politiques et culturelles catalanes. En plus de la perte de son poste, Puig i Cadafalch a été condamné à un ostracisme professionnel et public qui, d’une manière ou d’une autre, devait l’accompagner tout le reste de sa vie. En 1936, lorsque la Guerre civile éclate, les Puig s’exilent en France, et ils ne rentreront pas avant 1942. Le vieil architecte catalaniste a fait encore quelques projets dans le nouveau régime fasciste espagnol, projets que bien souvent d’autres architectes devaient signer afin qu’ils soient approuvés. Puig i Cadafalch est mort en 1956 à Barcelone.

Sur la façade, on remarquera tout spécialement les travaux du sculpteur Arnau, mais les cariatides des arcs du rez-de-chaussée ont été mutilées dans les années quarante en même temps que d'autres détails ornementaux afin qu'une boutique pût installer ses vitrines. Le rez-de-chaussée a été partiellement restauré en 1992 grâce à des photographies et d'autres documents de l'époque. Au MNAC (34), on peut contempler des éléments de l'architecture intérieure de l'étage principal, œuvres de l'ébéniste Gaspar Homar. Parmi les meubles, éclairages et tapis, on remarquera un gigantesque sofa-placard de marqueterie.

À côté même de la Casa Lleó Morera se trouvent deux bâtiments qui remplissent à la perfection les fonctions de contrepoint contemporain, discret mais sans appel, des grandes œuvres de la Mansana de la Discòrdia. Le premier d'entre eux est la CASA MULLERAS (MAISON MULLERAS. Passeig de Gràcia, 37), sobre intervention architecturale d'Enric Sagnier qui, en 1911, reforma un bâtiment de 1868 en lui substituant complètement la façade. Le deuxième est la CASA BONET (MAISON BONET. Passeig de Gràcia, 39), œuvre classiciste peu brillante de Jaume Brossa (1901) dont on ne remarquera que le curieux musée du Parfum fondé en 1961 au rez-de-chaussée. Ce musée présente un vaste échantillon de presque cinq mille flacons de parfums et d'essences de différentes cultures et civilisations ; depuis les fioles égyptiennes, les céramiques grecques, les verres romains et puniques, et les récipients arabes et orientaux, jusqu'à une intéressante collection de flacons d'essences du XVIIe au XIXe siècles en porcelaine, cristal et autres matériaux nobles.

En remontant le passeig, le deuxième grand monument moderniste est la CASA AMATLLER, (44) (MAISON AMATLLER). L'histoire de cet immeuble remonte à 1898, quand l'industriel chocolatier Antoni Amatller, collectionneur de verres anciens et photographe amateur, voulut transformer un immeuble anodin de 1875 qu'il avait acheté pour y installer sa résidence principale. L'industriel chargea des travaux l'architecte Puig i Cadafalch, qui fit le choix de lui donner l'apparence d'un palais gothique urbain, avec une façade plane et un patio central dans lequel débouche un escalier permettant d'accéder au logement principal, bien que l'immeuble ait dû être habité par diverses familles.

Puig i Cadafalch créa pour la Casa Amatller une lecture très personnelle du gothique, ouvrant la voie qui lui permit de maintenir l'excellence de son œuvre même aux moments où les éléments du langage gothique étaient abandonnés par la plupart des architectes. La première chose du bâtiment qui surprend, c'est sa façade en dégradé aux réminiscences nordiques, présidée par une sorte de tympan aux sgraffites de stuc ocres et blancs, et couronnée par un exubérant fronton flamand lui-même ornementé de carreaux de céramique vitrifiée de Valence, rouges et dorés.

La façade, considérée par certains spécialistes comme l'« apothéose des arts décoratifs » et dans laquelle d'aucuns ont voulu voir des influences des petits palais urbains de Copenhague, Bruxelles ou Amsterdam, dispose d'une tribune d'inspiration wagnérienne qui évoque la façade de la chapelle de Sant Jordi du Palais de la Generalitat. Puig i Cadafalch a offert à cette maison des détails typiques d'inspiration médiévale. Les portes d'accès, par exemple, sont décorées de sculptures, de chapiteaux et de stucs tels que le saint Georges tuant le dragon, de pierre, œuvre d'Eusebi Arnau. Au rez-de-chaussée se trouve une bijouterie dont la boutique a respecté les petites fenêtres originales d'ornementation florale, inspirées des grandes demeures gothiques catalanes. À l'étage noble, les figures des fenêtres recréent les personnages fantastiques et grotesques qui peuplaient les palais et les églises gothiques.

Le vestibule est décoré de trois lampadaires de bronze et accueille un élégant escalier qui conduit à l'étage noble, où se trouve l'Institut Amatller d'Art hispanique, fondé par la famille Amatller ; cet organisme se consacrant à l'étude de l'art espagnol est aujourd'hui propriétaire de l'immeuble. L'appartement principal est l'un des rares intérieurs de Barcelone qui conserve encore aujourd'hui non seulement une bonne partie de la richesse ornementale d'origine mais aussi l'atmosphère dorée et opulente de cette bourgeoisie de l'Eixample moderniste grâce aux sculptures qui s'adaptent aux espaces, aux sols recouverts de mosaïques de style romain ou de marbre blanc, et aux plafonds qui présentent une riche combinaison de poutres polychromes et de stucs sgraffités. La cheminée est l'une des pièces les plus remarquables, bien que nombreux soient ceux qui considèrent que le chef-d'œuvre de l'appartement est en fait la colonne de marbre rosé située au beau milieu de la tribune et que l'on peut voir depuis la rue ; il s'agit d'une colonne qui n'a pas la moindre mission structurelle, et qui n'a été conçue que par pur hédonisme. Cet appartement ne peut malheureusement pas être visité mais on pourra admirer au MNAC (34) divers éléments du mobilier original de cette maison.

Le troisième grand édifice de la Mansana de la Discòrdia est la CASA BATLLÓ. (MAISON BATLLÓ). Josep Batlló était un magnat catalan du textile qui a créé un certain nombre d'usines, dont le Vapor Batlló situé carrer d'Urgell qui abrite aujourd'hui l'École industrielle. Lorsqu'en 1904 Antoni Gaudí reçut la commande de remodeler le bâtiment original de la Casa Batlló datant de 1870, la fabuleuse richesse du magnat Batlló lui permit de réaliser ses rêves et il manifesta son intention d'y recréer le paradis.
Casa Batlló

Adresse
Passeig de Gràcia, 43

08007 Barcelona

Horaire
Chaque jour de 9 a 21 heures, La fermeture commence à 20h.

(Ouvert les 1er janvier et 25 décembre).



Information
Tél. : 932 160 306.

Whatsapp: 630 032 886

Fax : 934 883 090.

info@casabatllo.cat

www.casabatllo.cat
Remarques
Vidéo-guide à réalité augmentée et virtuelle incluse. Disponible en 10 langues: espagnol, catalan, anglais, français, italien, chinois, japonais, allemand, russe et portugais.

Les horaires peuvent subir des variations, aussi est-il conseillé de les vérifier à l’avance.
Prix et remise
Prix. 

Visite complète. Étage noble + combles + terrasse.

Adultes : 23,50 €.

Étudiants et retraités : 20,50 €.

Audioguide compris.

Remise de la Route du Modernisme :  2,00€ sur le tarif des adultes.


L'élément le plus singulier de la Casa Batlló est la façade qui combine la pierre du rez-de-chaussée et de l'étage noble avec le revêtement de mosaïque des étages supérieurs, et il la couronna par une couverture squameuse rappelant le dos d'un reptile. L'objectif de Gaudí dans cette façade a toujours été l'objet d'élucubrations. Pour certains, il s'agissait pour Gaudí d'édifier un hymne symbolique de la légende de saint Georges, patron de la Catalogne, dans sa mythologique victoire sur le dragon. Le toit représenterait le dos du dragon, la tour semi-circulaire symboliserait la lance de saint Georges, et les balcons de fer des étages intermédiaires représenteraient les crânes, les os et les tendons des victimes du saurien, c'est-à-dire les vestiges des banquets du dragon. Mais une autre version de l'histoire considère que la façade de la Casa Batlló est une allégorie de la fête du carnaval : le toit-terrasse serait un chapeau d'Arlequin ; les balcons des masques de bal ; les colonnes les os des déguisements de la mort ; et la cascade multicolore de céramique en trencadís qui « dégouline » sur le mur de façade -œuvre du jeune Josep M. Jujol- serait les confettis de la fête.

Si la façade est spectaculaire, l'intérieur l'est encore davantage. Le puits de lumière de la Casa Batlló est une authentique merveille de l'architecture. Gaudí, toujours obsédé par la luminosité, le couvrit d'un revêtement de céramique bleue irrégulière qui s'assombrit, en passant du gris perle au bleu cobalt, à mesure qu'il s'élève vers la claire-voie. Le résultat de cette subtilité architecturale quasi subliminale est l'effet optique d'une distribution équitable de la lumière du haut en bas. Pour compléter l'effet, les balcons et les fenêtres augmentent de taille au fur et à mesure que l'on descend vers les appartements situés plus bas. L'escalier qui conduit à l'étage principal se tord comme le squelette d'un dinosaure fossilisé, et le mur, sinueux, peint de telle manière qu'il ressemble à une mosaïque, présente des reflets ainsi qu'une superficie similaires aux parois d'une grotte érodée par l'eau. L'appartement principal jouit d'un exceptionnel état de conservation. Les contrepoids qui actionnent les verrières et ouvrent complètement la tribune sur le passeig de Gràcia sont toujours en plein fonctionnement, de même que les grilles qui permettent l'entrée d'air de la rue, créant un singulier système de ventilation naturelle. L'étage noble, cependant, ne conserve que deux meubles conçus par Gaudí pour les Batlló : un buffet et un banc. Le MNAC (34) conserve d'autres éléments conçus par Gaudí pour cette maison.

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